Colloque
de l’UEVF*
sur le nucléaire au Viet Nam
Résume
de l’Intervention de Nguyen khac Nhan**
Paris 4-10-2008
Le VIET NAM face à l’ECONOMIE de
l’ELECTRICITE NUCLEAIRE
Les centrales nucléaires, de la conception à la mise en service,
de l'exploitation à la maintenance, réclament une technologie
hautement sophistiquée et très couteuse.
Le cout d’investissement, en monnaie constante d’une date de
référence, comprend les couts directs de 75 a 80% (génie civil,
équipements, montage, essais...) et les couts indirects de 20 a
25% (terrain, frais de maitre d’œuvre et administratifs …). La
réduction de ce cout peut être obtenue s’il y a effet de taille,
de série (standardisation) ou de duplication sur le même site.
Il faut tenir compte des intérêts intercalaires qui sont
importants, car la durée de construction des centrales
nucléaires ( 5 a 7 ans minimum) est plus longue que celle
relative aux centrales au charbon (3 a 4 ans) ou au gaz (2 a 3
ans).
En France, le cout d’investissement, avec un taux
d’actualisation a = 8%, s’établit comme suit : nucléaire EPR
1600 MW : 1700 Euros / kW, charbon 900 MW : 1400 Euros / kW,
cycle combine gaz 900 MW : 200 Euros / kW.
Le cout total d’investissement doit intégrer le cout du
démantèlement actualise a la date de mise en service (valeur
faible en raison de l’éloignement de la dépense dans le temps).
Le cout du cycle du combustible tient compte, outre le séjour
dans le réacteur, de la partie amont (obtention de l’uranium
sous forme de U3O8, conversion UF4 et UF6 a l’uranium enrichi,
enrichissement de l’uranium, fabrication des éléments
combustibles) et de la partie aval (transport des assemblages
irradies, retraitement du combustible, transport et stockage des
déchets radioactifs, crédits du retraitement). Par rapport au
gaz, la part du combustible nucléaire dans le kWh est bien plus
faible, 20% au lieu de 70%.
Le cout d’exploitation et de maintenance qui représente 15 a 25%
dans le cout actualise du kWh nucléaire comprend les frais de
fonctionnement, du personnel, d’entretien, les frais
administratifs, les impôts, les taxes, les assurances, la
radioprotection, la gestion des déchets nucléaires…
Le cout de démantèlement d’une centrale nucléaire peut
représenter 25 a 40% du cout d’investissement (soit 500 a 800
millions USD pour un réacteur de 1000MW !). Déjà en 2004, l’AIEA
a estime qu’il faudrait 1000 milliards USD pour décontaminer et
démanteler les installations militaires et civiles du monde ! La
moitie de ce montant concerne les laboratoires et les 440
réacteurs en service ! En France le CEA, EDF et AREVA ont déjà
provisionne 25 milliards d’Euros pour ce chapitre. En Grande
Bretagne, le cout réévalue pour le démantèlement du parc
nucléaire (moins important que celui d’EDF) s’élève a 100
milliards d’Euros ! Au colloque consacre au démantèlement qui
s’est tenu début octobre 2008 a Avignon, certains experts
pensent que ces chiffres colossaux devraient être encore revus
en hausse en raison de l’inflation.
En France, les couts de production prévisionnels pour 2015
(Euros de 2001) sont : nucléaire EPR : 28,4 Euros/ MWh, charbon
lit fluidise : 32 Euros/ MWh, cycle combine gaz : 35 Euros/ MWh.
Ces valeurs ne tiennent pas compte des couts externes (émissions
de CO2, accidents, rejets radioactifs…) très difficiles a
évaluer. En plus des couts environnementaux, on distingue aussi
des couts externes économiques ou politiques, tels que la
sécurité d’approvisionnement.
Voici quelques chiffres nous permettant de mesurer l’importance
du nucléaire civil dans l’économie française qui a su mobiliser
des moyens financiers et humains considérables.
La valeur ajoutée de l’industrie nucléaire atteint 28 milliards
d’Euros /an.
Dans les années 2000, l’impact sur la balance commerciale
atteint 15 milliards d’Euros. Ce chiffre tient compte des
exportations (ventes d’équipements, services et électricité
nucléaire) ainsi que l’économie réalisée dans la facture
énergétique (réduction de l’importation du gaz et du pétrole).
L’exportation des kWh nucléaires français a été rendu possible
grâce au suréquipement (environ 5 réacteurs) du parc PWR.
En ce qui concerne l’emploi, sur un effectif de 100.000
personnes on peut retenir les chiffres suivants : EDF 20.000,
Entreprises extérieures 20.000, AREVA, CEA et ANDRA 55.000
Le conférencier a présenté un exemple de calcul du cout
actualise du kWh de la centrale de Nogent d’EDF (2 X 1300 MW).
Mise en service en 1989., cette centrale a reçu la visite du 1er
Ministre Vietnamien lors de son dernier séjour en France. Un
tableau montrant la structure des couts du cycle du combustible
PWR permet de connaitre le poids relatif de chaque étape du
cycle durant la décennie 80.
Le programme nucléaire français adopte avec succès le cycle
ferme du combustible (la plupart des autres pays ont un cycle
ouvert).Du point de vue économique, l'électricité produite en
France est l'une des plus compétitives d'Europe grâce en
particulier a la standardisation des équipements. Pour un
fonctionnement en base, le kWh nucléaire français apparaît plus
compétitif que le gaz et le charbon. Hors accident, cette
compétitivité augmente si l'on tient compte des coûts externes
(émissions de CO2 …)
Il ne faut pas oublier un atout non négligeable du programme
nucléaire français, celui d’avoir EDF comme directeur de projet,
architecte- ingénieur (conception- réalisation) et exploitant
unique.
Dans le cas du Viet Nam, sur le plan macroéconomique, il va
falloir aussi mesurer l’impact du nucléaire sur la croissance
économique, le poids de l’investissement sur l’épargne
nationale, l’amélioration (ou non) de la balance commerciale, de
la compétitivité économique, de la sécurité d’approvisionnement,
la réduction de la facture énergétique, la création d’emplois…
sans oublier l’impact social (acceptation du public).
La crise financière et économique mondiale actuelle risque de
poser de sérieux problèmes d’autant plus que la croissance du
PIB est révisée en baisse avec une inflation en hausse.
Le conférencier déplore une planification énergétique du pays
peu rigoureuse comprenant souvent des scenarios fantaisistes et
financièrement irréalisables (6e plan de développement
électrique). Il reste persuade que la consommation électrique du
Viet Nam n’atteindrait pas le chiffre exorbitant de 450 TWh
(milliards de kWh) en 2025 comme annonce ! Ce chiffre n’est
autre que la consommation intérieure de la France
actuellement ! Aucun pays au monde peut courir après un taux
d’accroissement exponentiel de la demande aussi insoutenable de
15 a 17% qui exige un doublement de la capacité des centrales et
des réseaux tous les 4 ou 5 ans. Ce taux explosif correspond,
avec un taux du PIB du pays égal à 8%, a un coefficient
d’élasticité record, voisin de 2 ! D’où l’urgence d’un programme
d’économies d’énergies afin de récupérer les pertes et les
gaspillages.
Le refus récent de l’EVN, faute de moyens financiers, de
construire 13 centrales électriques totalisant une puissance
installée de 13800 MW démontre justement le manque de rigueur
dans la programmation. Avec un tel rythme et si la crise
mondiale persiste, le Viet Nam aura des centrales électriques a
revendre !
Sur le plan microéconomique, la rentabilité de la centrale
nucléaire doit être démontrée.
Quel serait le taux d’actualisation ? (taux qui reflète en
quelque sorte la rareté des capitaux).
Quelle serait l’importance des intérêts intercalaires a prendre
en compte ? Quelle est la méthode de choix optimal des
équipements de production ? (le conférencier a montre un schéma
de principe connu a EDF). Comme la prévision est fortement
exagérée, il serait extrêmement difficile d’ajuster en temps
réel l’offre et la demande ! La cohérence des choix doit être
mise en évidence et le calcul économique doit intégrer les couts
de défaillance du système électrique.
Comment renforcer l’infrastructure industrielle ? La formation
des spécialistes et du personnel qualifie exige un cout élève.
Mais l’important c’est aussi la discipline et la rigueur des
hommes et des femmes dans l’exécution de leurs taches
quotidiennes. La fiabilité et la sureté nucléaire réclament un
contrôle extrêmement sévère, a défaut duquel l’assurance de
qualité est impossible. Le danger peut venir de la corruption ou
des vols au chantier (cas de la raffinerie de Dung Quat en cours
de construction).
Sur le plan juridique, il y a des structures a créer :
l’autorité de sureté nucléaire doit s’imposer par sa compétence
et sa rigueur objective. Le long cheminement d’un dossier de
demande d’autorisation de création d’une centrale nucléaire aux
Etats Unis ou en France démontre la lourdeur et la complexité
administrative et juridique qui allonge le délai.
Les sites nucléaires choisis, tel que Ninh Thuan, ne sont pas a
l’abri des aléas climatiques (inondation, tempête, ouragan,
typhon, tremblement de terre…. On sait qu’après le séisme du 16
juillet 2007 (6,8 degré Richter), le gouvernement japonais a
donne l’ordre a TEPCO de fermer pour un an la plus importante
centrale nucléaire du pays (Kashiwazaki-Kariwa – 8212 MW) et de
renforcer les coefficients de sécurité sismique de l’ensemble du
parc.
Le renouveau du nucléaire dans le monde (effet conjugue de
l’augmentation des prix du pétrole et du réchauffement
climatique) risque de provoquer une augmentation rapide et
continue des prix de l’uranium dans l’avenir. Même si son poids
financier dans le prix de l’électricité est relativement faible,
par comparaison avec le gaz ou le charbon, ce surcout réduit
dans une certaine mesure l’avantage économique du nucléaire.
Compte tenu de l’ensemble de ces considérations et si l’on
ajoute le cout des interventions en experts et matériels en
provenance de l’étranger, le cout de démantèlement, le cout de
gestion des combustibles irradies et le cout du stockage des
déchets radioactifs … le conférencier reste persuade que le kWh
nucléaire vietnamien ne sera pas économique et que la course
prématurée au nucléaire civil constitue une erreur stratégique
et financière ( la construction simultanée de 4 réacteurs (au
lieu d’un seul) des le démarrage du programme est une faute très
grave !)) dont les conséquences seront catastrophiques pour le
pays.
Avec une volonté politique claire et déterminée de promouvoir
rapidement les énergies renouvelables, les économies d’énergie,
l’efficacité énergétique, le potentiel des ressources
naturelles du Viet Nam en charbon, gaz, pétrole et hydraulique
permet au pays d’attendre l’introduction commerciale des
réacteurs de 4e génération a l’horizon 2030-2035.
*Union
des Etudiants Vietnamiens en France
**
Nguyen Khac Nhan, ancien Chargé de mission à la Direction
Economie, Prospective et Stratégie d'EDF et ancien Professeur à
l'Institut National Polytechnique et à l'Institut d'Economie et
Politique de l’Energie
de
Grenoble