Point de vue
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07.12.11 | 14h51 • Mis à jour le 09.12.11 | 10h02
L'affirmation est martelée au point de passer
pour une évidence : le nucléaire coûterait moins cher que
les énergies renouvelables. "Corollaire" : diminuer la part
du premier pour développer les secondes, comme le propose
par exemple l'accord Europe Ecologie-Les Verts-PS,
augmenterait le prix de l'électricité, appauvrirait les
ménages et amènerait les usines à délocaliser. Pourtant,
cette affirmation est déjà fausse et le sera encore plus à
l'avenir.
Si
l'électricité est moins chère en France que dans la plupart
des autres pays européens, c'est parce que l'Etat a
longtemps subventionné le développement du parc nucléaire et
que le niveau actuel du tarif réglementé ne permet pas de
financer le renouvellement du parc, quels que soient les
choix à venir entre nucléaire, centrales thermiques et
énergies renouvelables. L'évolution récente des coûts de
production électrique est, à ce titre, éclairante.
Dès les années
1980, le programme nucléaire français a vu son coût
augmenter, évolution qui ne fait
que se prolonger avec le réacteur surpuissant EPR. Cette
dérive s'observe en particulier sur les coûts
d'investissement, un poste très important. Comme le montre
un article publié dans la revue scientifique Energy
Policy, le coût d'investissement dans les centrales
nucléaires françaises a été multiplié par 3,4 en vingt-cinq
ans, même en déduisant la hausse du niveau général des prix.
L'EPR ne fait que poursuivre cette trajectoire puisque en
supposant - hypothèse optimiste - que la facture finale ne
dépasse pas la dernière estimation (6 milliards d'euros), on
atteint 3,64 euros le watt - 4,7 fois plus qu'en 1974.
Autre
problème, ces coûts ne prennent pas en compte le
démantèlement des centrales en fin de vie, ceux de la
gestion des déchets, du risque d'accident et les divers
coûts de fonctionnement. En se développant, la plupart des
techniques voient leur coût diminuer par effet
d'apprentissage, et c'est le cas pour les énergies
renouvelables ; mais, avec le nucléaire, l'inverse se
produit : plus on le développe, plus il coûte cher.
UNE
BAISSE IMPRESSIONNANTE
En
comparaison, selon l'Agence de l'environnement et de la
maîtrise de l'énergie, le coût d'investissement de l'éolien
terrestre était en 2009 de 1,30 euro le watt. Même
"normalisé" pour prendre en compte l'intermittence, le coût
d'investissement de l'éolien est environ 15 % inférieur à
celui de l'EPR, démantèlement inclus. Et, selon une analyse
de Bloomberg, le coût de l'électricité d'origine éolienne,
déjà divisé par 4,5 depuis les années 1980, devrait encore
diminuer de 12 % dans cinq ans.
Quant à
l'énergie solaire tirée des panneaux photovoltaïques, elle a
connu une baisse impressionnante : début 2011, un module
photovoltaïque coûtait en moyenne 1,20 euro le watt en
Europe, contre 4,2 euros le watt dix ans plus tôt. Depuis
quelques mois, la moyenne sur le marché allemand est même de
1 euro le watt. Même normalisé pour prendre en compte
l'intermittence, le coût d'investissement dans le
photovoltaïque ne dépasse plus celui de l'EPR (en incluant
le démantèlement) que d'environ 25 %. De plus, les
professionnels du secteur anticipent encore une baisse de 35
% à 50 % des coûts d'ici à 2020. Comme l'écrit le Prix Nobel
d'économie Paul Krugman, "si la tendance à la baisse
continue (et elle semble s'accélérer) nous
ne sommes plus qu'à quelques années du point où la
production d'électricité à partir de
panneaux solaires deviendra moins coûteuse que celle à
partir de charbon". Pour simplifier, les
calculs présentés ici laissent de côté les coûts de
fonctionnement, mais ces derniers sont du même ordre de
grandeur entre éolien et nucléaire, et plus faibles pour le
photovoltaïque. De même, si un renforcement du réseau est
nécessaire en cas de développement des renouvelables, c'est
aussi le cas pour l'EPR (340 millions d'euros pour la ligne
Cotentin-Maine nécessitée par l'EPR de Flamanville).
Nous vivons un
moment historique : celui où les énergies renouvelables
deviennent moins coûteuses que l'électricité d'origine
nucléaire ou fossile, pour peu qu'elle soit obligée de payer
pour ses externalités négatives : émissions de CO2,
risques d'accidents, déchets radioactifs… La France se
crispera-t-elle sur une technique dépassée, ou se
tournera-t-elle vers la seule manière durable de produire de
l'énergie : la mobilisation des flux d'énergie renouvelable,
et celle, indissociable, des économies d'énergie ?
Sandrine Mathy,
présidente du RAC
Isabelle Autissier, présidente du WWF
France
Madeleine Charru, présidente du CLER
Adélaïde Colin, porte-parole de
Greenpeace France
Bruno Genty, président de France
Nature Environnement
Stéphen Kerckhove, délégué général d'Agir
pour l'Environnement
Sébastien Lapeyre, directeur du CNIID
Serge Orru,
directeur général du WWF France
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/07/assez-de-mythes-le-nucleaire-est-plus-cher-que-les-energies-renouvelables_1614336_3232.html